vendredi 8 novembre 2013

Yasmina Khadra président de la République : qu'en pensez-vous ?

 
Yasmina Khadra veut être président de la République. Il a un programme et veut se lancer dans la campagne électorale pour la présidentielle d’avril 2014. 
 
L’auteur de A quoi rêvent les loups ? a choisi le 18e Salon international du livre d’Alger (SILA), qui se tient jusqu’à demain au Palais des expositions des Pins maritimes, pour faire cette annonce. L’ancien militaire a déclaré au Forum du journal Liberté : J’ai été élevé par l'École des cadets et formaté par l’amour indéfectible de l’Algérie. J’ai été également le concepteur du plan de la lutte antiterroriste dans l’Oranie. Aucun homme ne peut m’imposer quoi que ce soit. J’ai écrit Morituri sous les drapeaux. Loin des salons, moi, j’en ai vu des gens mourir… Écrivains, universitaires et journalistes s’expriment sur cette candidature, sans doute la première dans l’histoire contemporaine de l’Algérie.
 
-Abderrazak Boukeba. écrivain et journaliste
Le débat aurait été autre si nous avions une scène politique saine, basée sur des règles justes. Une scène où l’on croit à la démocratie en tant que discours et action. L’engagement politique d’un romancier dans ce genre de situation aurait été ordinaire. L’écrivain n’aurait aucune crainte d’être sali. Mais dans une scène politique boueuse, il est difficile de s’y engager sans être souillé. Un écrivain doit veiller à sa propreté et à son honnêteté. Pour ma part, je m’approche de ce domaine politique que par curiosité. Je ne m’engage jamais dans un parti, ça ne m’intéresse pas. Tous mes amis intellectuels qui l’ont fait ont échoué dans le sens large du terme. Ils ont perdu leur qualité d’écrivain, perdu la politique en même temps.

-Youcef Benadouda. journaliste et animateur radio
Des hommes qui viennent à la politique par hasard, qui critiquent le pouvoir et qui, du jour au lendemain, écrivent des livres où ils soutiennent le contraire de ce qu’ils pensent, je n’y crois pas. J’aime Yasmina Khadra en tant que personne, pas sa littérature. Il écrit bien, mais ce n’est pas mon esprit. J’ai dû mal à comprendre qu’il écrive des textes qui vont à l’opposé des thèses du système, alors qu’il est directeur du Centre culturel algérien à Paris ?! Pour moi, c’est antinomique… Il y a des gens qui écrivent pour se placer, d’autres par opportunisme naturel, d’autres encore s’autocensurent. On appelle cela la médiocrité ambiante.

-Youcef Saiah. critique littéraire
Yasmina Khadra est avant tout un citoyen algérien. Et tout citoyen algérien a le droit de se présenter à la présidentielle. Maintenant est-ce que l’homme de littérature, l’homme de création doit se mêler de politique, je pense que c’est une question qui le regarde. Il existe des peintres, des cinéastes, des auteurs engagés. Comme il existe des écrivains ou artistes qui ne sont jamais engagés. On peut s’interroger sur ce que Yasmina Khadra en tant que citoyen peut-il ramener, en dehors du fait qu’il soit écrivain ou pas. Il ne faut pas mélanger le métier avec l’engagement politique.

-Abdelkader Djemaï. romancier
Un écrivain est fait pour écrire des livres, il n’est pas fait pour écrire des discours ou faire voter des lois. Il y a l’exemple de Vargas Llosa au Pérou. Il a été battu aux élections. Il est préférable d’écrire des livres. C’est moins encombrant. Un livre, c’est un peuple. Un livre, c’est un pays. Un écrivain est condamné à la solitude.»

-Amine Zaoui. écrivain
Se présenter à l’élection présidentielle est un acte individuel, une liberté individuelle. Arrivé à une certaine notoriété, l’écrivain est responsable de ses actes et ses positions. L’écrivain fait de la politique à travers le texte, la littérature. Mais il est aussi libre de faire de la politique directement. Chez nous, la rupture entre le politique et le littéraire se poursuit. Pourquoi ? Nous avons un faux champ politique.

-Allaoua Hadji. journaliste et écrivain
Il est connu que l’intellectuel algérien n’est pas actif. Il ne réagit que rarement aux événements politiques en Algérie et à l’étranger. Il s’est passé beaucoup de choses en Algérie sans qu’on écoute une voix s’élever parmi ces intellectuels comme s’ils n’étaient pas du tout concernés. J’ai même écrit un jour : «Win rakoum.» Ils sont lâches à mes yeux. Je le dis et je l’assume. Une partie de ces intellectuels est liée au pouvoir. Cette absence de l’intellectuel du terrain lui enlève sa crédibilité. Donc, qu’un écrivain se présente aux élections ou pas, ça ne change rien. La candidature de Yasmina Khadra est un coup médiatique. Il ne pourra jamais collecter le nombre de signatures exigées par la loi !

-Sarah Haidar. journaliste et romancière
Il est toujours bon pour le paysage politique d’un pays qu’un écrivain se présente à l’élection présidentielle, dans d’autres pays, des artistes et des hommes de lettres se sont présentés aux élections présidentielles, cela avait dynamisé quelque peu la campagne électorale. Cela dit, je pense que quand un homme de lettres s’engage politiquement dans ses écrits, il lui sera difficile d’éviter le discours direct et la démagogie. Du coup, la valeur littéraire de son œuvre diminue à mesure que le ton politique prend le dessus… Je suis contre la politisation de la littérature.

-Habib Tengour. romancier
L’homme de lettres est dans la cité. Donc, son écriture elle-même est politique. Je ne soutiens pas l’art pour l’art. Pour moi, l’artiste est dans sa société. Il peut intervenir. Ce que je lui demande, c’est de ne pas être opportuniste. Il doit parler en fonction des idées qui sont les siennes. Il doit défendre ses idées littéraires. S’il intervient sur le plan politique, il doit le faire en tant qu’homme politique. Je lis l’écrivain, les positions politiques, c’est autre chose.
-Mohamed Magani. romancier
Un écrivain peut se présenter à l’élection présidentielle. Il y a les précédents de Vaclav Havel et Vargas Llosa. Il faut lire la réponse de Smaïl Kadaré sur la question d’un homme de lettres en politique. J’ai écrit une nouvelle sur cette réponse. Avoir un écrivain président, ça serait un miracle en Algérie.
-Afef Fenouh. poète et journaliste
A mon avis, chaque intellectuel a le droit de se présenter à un poste politique. La politique, à l’origine, est culture. Je me demande ce qu’a fait Yasmina Khadra pour la culture algérienne pour qu’il puisse présider l’Algérie ? Qu’a-t-il fait pour les intellectuels ? Je pense que pour être Président, un intellectuel doit être sage, puissant et avoir la maturité politique.
-Mustapha Madi. sociologue
Yasmina Khadra est un romancier connu mondialement. Il a un public. Vaut mieux qu’il reste dans son domaine. Nous n’avons pas besoin de Yasmina Khadra comme président de la République, mais en tant que romancier et créateur. Moi je suis contre qu’un homme de lettres soit directeur d’une institution, ça fausse les jeux…

-Anouar Benmalek. écrivain
Chacun doit agir selon sa conscience. Si quelqu’un pense qu’il peut apporter quelque chose au débat politique, qui le fasse ! Reste que la littérature et la politique sont totalement différentes. Le projet politique prime sur la volonté narcissique. Le rôle d’un homme de lettre est, à mon avis, de dire ce qui semble être sa vérité sur un vécu particulier. L’homme politique a quelque chose de plus général. On peut être l’un et l’autre. L’essentiel est que l’un ne se fasse pas au détriment de l’autre. Le domaine de l’homme de lettres est de défendre d’une certaine manière les droits de l’homme et de la liberté d’expression. Il doit dire ce qu’il pense être la vérité. Cela dit, un homme de lettres peut avoir des ambitions… On doit ouvrir le débat pour savoir où se dirige l’Algérie.
 
EL WATAN

jeudi 7 novembre 2013

Algérie 2013, France 2005: Si loin, si proches

Ira? N'ira pas? La question brûle toutes les lèvres: Le président sortant briguera-t-il un nouveau mandat? Dépassé, affaibli, politiquement contesté, l'habile septuagénaire, en politique depuis toujours, semble désormais au soir de sa vie. Ses partisans, pourtant, n'en démordent pas: Il lui reste l'énergie pour accomplir un nouveau mandat. Un dernier quinquennat, peut-être, avant de profiter d'un repos bien mérité. Bienvenue dans l'Algérie de novembre 2013. Ou la France de fin 2005.
2 septembre 2005. Jacques Chirac est hospitalisé au Val-de-Grâce pour un accident vasculaire cérébral. Sorti de l'hôpital une semaine plus tard, le président se voit interdire l'avion pendant quelques semaines. En coulisses, une âpre bataille opposait les médecins à Bernadette et Claude Chirac. Dans leur livre sur la santé des présidents, Denis Demonpion et Laurent Léger racontent comment la mère et la fille tentent de minimiser au maximum les faits:
"Bernadette et Claude Chirac voulaient que les médecins mentent, révèle un témoin de ces tractations en coulisses [...] Le tout premier communiqué fait état d'un petit accident vasculaire sans indiquer qu'il est cérébral, ayant entraîné un léger trouble de la vision. Petit, léger, autant de bémols pour atténuer la force du propos. [...] Il est également indiqué que cela devrait disparaître en quelques jours".
Villepin vs. Sarkozy ou Sellal vs. Saadani
Au moment de l'AVC, Dominique de Villepin est Premier ministre depuis quatre mois. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et chef de l'UMP. Le premier, pur produit de l'Enarchie, s'impose comme le recours chiraquien en cas d'empêchement du patriarche. Brillant, flamboyant, fin connaisseur des rouages de l'Etat, tel est le portrait qui est fait de lui par la presse. Un peu comme l'actuel Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, renommé un temps le "vice-président" par les journalistes. Certains médias, comme le très consulté TSA, le nantissent d'une "stature de chef d'Etat par intérim".

En septembre 2005, nul n'ignore en France les ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy. Mais l'ancien maire de Neuilly ne peut se lancer tant que Jacques Chirac n'a pas renoncé. Question de préséance républicaine. Alors il multiplie les annonces. Occupe la scène politique. Fixe l'agenda médiatique. Jette des pavés dans la mare. Le 26 octobre, sur la dalle d'Argenteuil, il promet de passer la cité au "Karcher" pour se débarrasser de "la racaille". En 2013, Amar Saadani, patron du FLN algérien, s'engage quant à lui à bouter hors des allées du pouvoir le DRS, le puissant Département du Renseignement et de la Sécurité.
Certes, le DRS n'est pas de la racaille, et ce serait faire œuvre de mauvais esprit que de voir un parallélisme sur ce plan. Néanmoins, l'activité médiatique du Secrétaire Général du premier parti algérien ne passe pas inaperçue. En campagne pour un quatrième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, Amar Saadani ne craint pas d'embarrasser ses troupes lorsqu'il déclare que "le DRS faiseur de rois est une époque révolue" ou que "Sellal n'est pas fait pour la politique" et qu'il "devrait se contenter de son rôle dans l'exécutif". Des attaques qui là encore rappellent la rivalité exacerbée entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy à partir de 2005.
Les coulisses derrière Chirac
Dans la France de Jacques Chirac, le cessez-le-feu viendra de l'Elysée. Début 2006, le président de la République demande aux frères ennemis de la droite "de la retenue" en attendant que la question de sa succession soit à l'ordre du jour. Officiellement, les deux hommes mettent leur antagonisme en sourdine. En coulisses, il n'en est rien. Nicolas Sarkozy profite de la contestation contre le Contrat Première Embauche (CPE) en mars 2006 pour torpiller son concurrent, interdisant au parti qu'il dirige alors, l'UMP, de défendre la réforme. La même année, l'affaire Clearstream anéantit les ambitions présidentielles de Dominique de Villepin.
Dans la France de 2005, Jacques Chirac doit alors se rendre à l'évidence: il est trop fatigué pour se représenter, son Premier ministre est hors-jeu, Alain Juppé - son joker - revient tout juste de son exil canadien. Nicolas Sarkozy est seul en piste. Le 14 janvier 2007, le voilà officiellement investi par l'UMP. Deux mois plus tard, Jacques Chirac annonce qu'il ne briguera pas un troisième mandat et qu'il lui apporte son soutien. En mai 2007, Nicolas Sarkozy devient président.
Amar Saadani n'est pas le "big man"
L'histoire se répèterait-elle en Algérie? Bien malin qui ferait des prédictions sur l'élection d'avril 2014 sur la foi des similitudes enregistrées jusqu'ici avec la présidentielle française de 2007. Car une donnée fondamentale sépare Nicolas Sarkozy d'Amar Saadani: le temps passé à la tête du parti. Quand il se lance dans sa propre campagne, Nicolas Sarkozy a eu le temps de faire le ménage dans l'UMP. En trois ans, les récalcitrants ont été écartés, ses fidèles placés, et la machine est en ordre de marche.
Au FLN, la situation est toute autre. L'arrivée d'Amar Saadani demeure contestée en interne par Abderrahmane Belayat et ses amis. En ce sens, il n'est pas le "big man", l'homme le plus respecté de la tribu. Dans cette configuration, multiplier les annonces fracassantes lui permet certes de combler son déficit de notoriété par rapport à Abdelmalek Sellal, mais sans disposer pour autant d'un parti qui crédibilise et appuie ses propos. En somme, d'un parti qui le légitime.
Chirac un "lame duck", Bouteflika une énigme
Autre différence entre la France de 2005 et l'Algérie de 2013: Jacques Chirac était "lame duck" alors qu'Abdelaziz Bouteflika ne l'est pas. Empêché physiquement mais surtout politiquement, l'ex-président français avait perdu son poids et les parlementaires, le nez sur leur réélection, étaient moins enclins à coopérer avec lui. Avant même que Chirac ne renonce, une partie de la droite française avait déjà fait allégeance à Sarkozy.
En Algérie, les choses se passent différemment. Abdelaziz Bouteflika, plus discret que Jacques Chirac en 2005, demeure une énigme. La communication a minima autour de sa santé a été maitrisée. Le flou, entretenu. Nul ne peut affirmer avec certitude quelles sont ses intentions pour la présidentielle, alors que les éditorialistes français écrivaient dès 2006 que Jacques Chirac était fini. A ce titre, Abdelaziz Bouteflika demeure le "big man". Par extension: le "faiseur de roi". Et ça, Amar Saadani et Abdelmalek Sellal vont devoir s'y résoudre.

Neila Latrous
Huffington Post

ALORS QUE L'ÉCHÉANCE D'AVRIL 2014 SE RAPPROCHE : Les comités de soutien prolifèrent

 

 Ces comités sont des sas pour clientèle en mission et en tâtent le retour sur... investissement.

 
Alors que l'élection présidentielle, prévue avril 2014, se rapproche, les appels au soutien des candidats se multiplient en Algérie. L'on peut citer de prime abord le cas d'Ali Benflis qui se voit appelé à se présenter par plusieurs comités nés par-ci, par-là. Qui se cache derrière ces nombreux appels? Nous avons déjà les partisans de l'ancien chef de gouvernement de 11 wilayas (Béjaïa, Constantine, Guelma, Mostaganem, Tizi Ouzou, etc.) Ces derniers se sont réunis le 1er novembre à Alger pour procéder à la création de la coordination collégiale des comités pour la candidature d'Ali Benflis (Ccccab) et renouveler l'appel à l'enfant des Aurès pour l'annonce de sa candidature. L'on peut citer aussi un autre comité conduit par Lamouri Nasreddine et Talbi Mohamed sous le couvert de l'association culturelle algéroise Soumoud. Ces derniers ont rendu public un communiqué dans lequel ils appellent Ali Benflis à se porter candidat. «Après l'avoir contacté et après s'êtres réunis avec lui (Ali Benflis, Ndlr), et après avoir constaté son sens de la fraternité, de la modestie et du nationalisme,... nous lui lançons un appel pour se présenter aux prochaines élections tout en lui assurant notre soutien et notre appui», peut-on lire dans le communiqué rendu public par les membres de l'association Soumoud. Alors que l'incertitude demeure entière à moins de quatre mois de la convocation du corps électoral en prévision de l'échéance présidentielle d'avril 2014, des candidats potentiels gardent le silence quand ils ne s'expriment pas par procuration. L'on assiste à la multiplication des comités dits de soutien aux éventuels candidats. Un phénomène sociétal inscrit dans les moeurs politiques durant cette dernière décennie. Ce marketing politique hors normes, soutenu par certains médias est devenu une tendance générale sur la scène politique. Après qu'on se soit focalisé sur Liamine Zeroual, puis Ali Benflis, des citoyens établis en Malaisie et au Canada lancent à leur tour un appel «pressant» à l'ancien chef de gouvernement, Mouloud Hamrouche et candidat à la présidentielle de 1999 pour briguer la magistrature suprême à l'occasion du scrutin de 2014. En attendant, un comité de soutien en faveur de Ahmed Ouyahia, puisque c'est la tendance générale, la sortie de Ali Benflis, un autre ancien chef de gouvernement, est déjà annoncée pour avant la fin de l'année. Par ailleurs, le retour de Abdelaziz Belkhadem en prévision de cette course pour 2014 s'appuie également sur les mêmes types de comité. Enfin, rien est clair sur la participation de personne. Soutenir qui et quoi. Nous sommes à moins d'un an de l'élection. Aucun éventuel candidat n'a annoncé sa candidature, à part Yasmina Khadra! Ces comités de soutien sont l'expression de la culture du parti unique où l'impression de la «masse» qui adhère, dispense, celui soutenu, de tout débat sur le fond. On est même plus dans des clubs de supporteurs.
Mais d'un «mirage» qui fait croire à une «dynamique» populaire. En temps normal, c'est le projet qui crée l'adhésion. Ces comités font exactement l'inverse. Ils créent une adhésion à un candidat virtuel pour un projet inexistant. Sauf celui à vouloir créer une forme de caisse de résonance du discours du pouvoir en place qui vise à donner «du contenu populaire» à une démarche qui ne répond qu'aux calculs du régime. Ces comités sont des sas pour clientèle en mission et en tâtent le retour sur... investissement.

L'EXPRESSION

Présidentielles 2014 : Pourquoi la candidature de Benflis soulève-t-elle un soutien populaire en Algérie?

benflis
Alors que la fameuse échéance d’avril 2014 se rapproche, les appels au soutien d’Ali Benflis se multiplient en Algérie. Pourquoi tant d’engouement pour la candidature de l’ex-Premier ministre, alors que ce dernier n’a même pas encore annoncé sa candidature officielle ?
L’appel du 23 octobre, l’appel du 1er novembre, des groupes de soutien derrière sa candidature… Ali Benflis ne s’est pas encore officiellement lancé dans la course à la présidence, et déjà toute une équipe s’est formée à ses côtés. Certes, on ne sait pas si le probable candidat dispose de soutiens dans les hautes sphères du régime algérien mais le récent engouement en Algérie pour l’ancien Premier Ministre de Bouteflika est indéniable.
Qui se cache derrière  ces nombreux appels ? Des groupes de citoyens ou des militants politiques de longue date. Souvent des jeunes, comme l’organisation des Jeunes Cadres Algériens ou ”la jeunesse derrière Benflis”. Des groupesen Algérie – Alger, Annaba, Mostaganem - comme à l’étranger. Ali Benflis dipose ainsi d’un comité de soutien en Amérique du Nord qui a lancé un appel le 20 octobre dernier.
Même au sein de la sphère politique, Ali Benflis attire l’attention. Le Front national pour les libertés (FNL) et son président, Mohamed Zerrouki, ont récemment annoncé qu’ils soutenaient la candidature de l’ex-chef du gouvernement. Même certaines grandes figures de l’histoire politique algérienne semblent décidées à le suivre, à l’instar de Liamine Zeroual, ancien Président de la République de 1994 à 1999, qui d’après nos sources, avalise d’ores et déjà sa candidature.
Les jeunes Algériens derrière Benflis
Le plus étonnant est sans doute le soutien inconditionnel à l’ancien candidat à la présidentielle de 2004, des jeunes Algériens. Ils sont les premiers à se rassembler et à signer des tribunes pour appeler Ali Benflis à se présenter. Sur les réseaux sociaux, même ferveur pour l’avocat : 671 membres ont intégré le groupe “La jeunesse avec Benflis”. Le groupe, très actif, ne cesse de lancer des campagnes de soutien et d’échanger des informations sur le probable futur candidat. Ces jeunes algériens ont décidé de révolutionner la campagne électorale on optant pour l’outil web.
Pourquoi les jeunes algériens se reconnaissent-ils en cet homme politique ? “Nous avons effectivement participé aux différents appels lancés, par les groupes de soutiens afin que le candidat se présente officiellement a l’élection présidentielle de 2014″, explique Inès, une jeune militante de l’équipe officielle de soutien d’Ali Benflis. “Je travaille directement avec le candidat et son équipe. Benflis est pour moi le candidat du consensus,” insiste-t-elle. “Il est symbole de justice, de justesse. Il représente l’espoir pour une jeunesse algérienne désœuvrée et en mal de vivre!”, explique la jeune algérienne âgée de 20 ans.
L’enthousiasme des jeunes algériens pour la politique est assez surprenant, car rare, mais Ali Benflis semble avoir convaincu une génération qui va jusqu’à mener une campagne active sur le terrain. “Durant la campagne, je participerai aux meetings, nous les organiserons, nous allons sortir et nous sommes déjà sortis sur le terrain afin de convaincre les algériens et algériennes ! Son programme sera connu et il va convaincre les plus pessimistes!”, promet Inès.
Après son échec à l’élection présidentielle de 2004, Ali Benflis aurait-il ses chances pour le prochain scrutin ? Si l’ex-premier ministre fait la une des médias, ce dernier reste toutefois encore très discret afin de préparer doucement mais sûrement son retour dans l’arène politique. Une chose est sûre, c’est qu’il pourra profiter de l’engouement populaire comme d’une marque de confiance. Son expérience politique pourrait convaincre et surtout rassurer ses soutiens et futurs électeurs. Or pour l’heure nous n’en sommes qu’aux prémices de la campagne électorale et Ali Benflis ne se déclarera certainement candidat avant la mi-décembre.


Algérie Focus

L'écrivain-candidat vu par ses pairs : L'écrivain-candidat vu par ses pairs


«Cet homme a toujours considéré qu’écrire est une responsabilité, une mission, et que d’une certaine manière, assumer une responsabilité politique s’inscrit presque dans le prolongement de sa mission d’écrivain.»
Samedi 2 novembre. Safex. A l’entrée du pavillon A, devant le stand de Casbah Editions, une foule fait la queue pour se faire dédicacer un bouquin. Un poster à l’effigie de Guy Bedos décline la couverture du livre de l’humoriste français, natif d’Alger : J’ai fait un rêve, coédité par Casbah Editions. Un visiteur commente : «Toute cette queue pour un Français !» La vérité est que ce n’est pas Guy Bedos qui était en train de signer son livre dans le box pris d’assaut par une légion de fans mais…Yasmina Khadra. Une grande affiche placardée sur la façade du stand annonce son dernier roman, réédité par la maison de Mouloud Achour : Les Anges meurent de nos blessures. Tout le stock a dû être écoulé ce jour-là.
Toujours ce samedi 2, quelques heures avant la séance de vente-dédicace, Yasmina Khadra était l’hôte du forum de Liberté où il avait balancé son fameux scoop : «Je me présente aux élections», laissant les journalistes cois. La foule de lecteurs qui se pressaient pour obtenir un autographe de la plume de Y. K. témoigne assurément de sa très grande popularité. Suffisant pour franchir le pas et aller à la conquête d’El Mouradia ? Nous avons posé la question à quelques «Silistes» patentés, et le moins que l’on puisse dire est que la profession est divisée. En revanche, ce qui est certain, c’est que Khadra a réussi le parfait coup marketing en faisant son annonce en plein SILA, l’événement littéraire le plus couru et le plus médiatisé du pays, éclipsant, ainsi, les autres «stars» du Salon. La preuve : dans les travées du SILA, il n’est question que de cela. C’est un fait : qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, le phénomène «Yasmina Khadra» ne laisse personne indifférent.

«Une machine électorale ? Plutôt une machine à écrire»

Stand des éditions Casbah, quatre jours après l’ouragan «Yasmina». Dans un coin, derrière une petite table, un auteur en casquette noire et polo rouge échange avec ses aficionados. Ce n’est autre que Slim, le père de Zina et Bouzid et leur «gatt m’digouti». Sur la table, des exemplaires de son dernier opus, Tout va bian. Une compile de ses planches hebdomadaires publiées tous les jeudis dans Le Soir d’Algérie, ainsi que des inédits. Si Slim n’a guère l’intention de se présenter, il a sonné la révolte en optant pour l’autoédition. Et ne lésine pas, dans la foulée, sur l’autodérision. A un jeune qui lui demande de quoi traitait son livre, il rétorque, goguenard, à contre-courant du discours autopromotionnel de rigueur : «C’est du khorti. 60 pages de khorti», lâche-t-il en souriant. Slim est presque charmé par l’annonce audacieuse de Khadra. Pour lui, c’est tout sauf une blague. «Si Yasmina Khadra veut se présenter, pourquoi pas ? Peut-être qu’il sent que c’est le moment. C’est quelqu’un de très cultivé. Et puis, c’est un ancien militaire. Déjà, il a 50% de chances (rires). Deuxième avantage : il est connu dans le monde entier et jouit d’une popularité internationale», dit-il. Et de s’interroger dans un éclat de rire : «Mais est-ce qu’il aura le temps d’écrire ?» Yasmina Khadra, appuie-t-il, n’a pas tant besoin «d’une machine électorale que d’une machine à écrire» (rires).
Pour sa part, Slim se dit «pas du tout tenté par une fonction politique». «Déjà, les copains veulent me mettre à la tête de l’Association professionnelle des bédéistes. C’est déjà beaucoup», confie-t-il, avant d’ajouter : «Je préfère rester en marge (du pouvoir) pour mieux l’observer.» Nous nous frayons difficilement un chemin jusqu’au stand des éditions Barzakh, au milieu d’une foule compacte. Kamel Daoud et Salim Bachi signent leurs dernières parutions Meursault, contre-enquête et Le dernier Eté d’un jeune homme. Les deux romans ont un personnage en commun : Camus. Alors que Salim Bachi opère un retour introspectif sur la jeunesse de l’auteur de La Peste, Kamel Daoud, lui, a fait le pari d’inverser la perspective de L’Etranger et donner la parole à l’Arabe tué et surtout tu dans le célèbre roman d’Albert Camus. Les deux écrivains devaient se retrouver à l’espace littéraire pour un débat de haute volée, animé par le brillantissime Luc Chaulet.
Et pour revenir à l’événement du jour, Salim Bachi nous dit d’emblée : «Je ne l’ai appris qu’hier (lundi, ndlr) en arrivant à l’aéroport. C’est le chauffeur qui me ramenait de l’aéroport qui m’a dit : ‘Vous savez, il y a Khadra qui va se présenter.’ J’avoue que ça m’a fait quelque chose quand même.»
Salim Bachi n’est pas étonné outre mesure par l’ambition présidentielle de l’auteur de Morituri : «Cela correspond bien au personnage», dit-il. Par-delà le cas Khadra, Bachi estime que la place naturelle de l’intellectuel est à l’extérieur du pouvoir. «J’ai toujours pensé qu’un intellectuel devait rester en dehors du pouvoir afin de pouvoir le critiquer. Si on fait partie de quelque chose, on a beau critiquer, prétendre qu’on est libre, ce n’est pas vrai. On est engagé aussi par une politique. On la cautionne forcément. Et si on ne veut pas cautionner quelque chose, on doit se maintenir en dehors de cela. Mais ce n’est pas un jugement moral que je porte. Je pense qu’il y a des écrivains qui sont faits pour ça, qui ont la fibre pour ça, d’autres qui ne l’ont pas. Moi je suis de ceux qui ne l’ont pas, cette fibre politique.» L’auteur de La Kahena cite au passage le cas de l’écrivain Mario Vargas Llosa : «Il s’est lancé dans la politique, il a participé à l’élection présidentielle au Pérou, il a échoué, et cela lui a fait perdre 20 ans pour le Nobel. Donc ce n’est pas une bonne affaire (rires).» Pour lui, écrire et faire de la politique sont deux métiers difficilement conciliables : «On peut faire de la politique à un certain niveau, peut-être, mais pas à ce niveau-là. Peut-être que ça peut changer le système aussi, je n’en sais rien. Mais il ne faut pas être naïf et Yasmina Khadra n’est pas naïf.»

«L’ennemi de Yasmina Khadra, c’est Mohammed Moulessehoul»

Quant à Kamel Daoud, il se montre intraitable et sans concession, comme dans ses chroniques au vitriol : «L’annonce de Khadra, je l’ai reçue à plusieurs niveaux. D’abord j’ai rigolé, j’ai trouvé ça comique, ensuite je me suis dit le bonhomme, le monde ne lui suffit pas.» Se hasarder sur ce terrain-là «décrédibilise énormément l’écrivain», poursuit Kamel Daoud. «Ce qui est extraordinaire, renchérit-il, c’est qu’il a les arguments de Bouteflika. On sent qu’il ne brigue pas la Présidence pour servir le pays, mais pour s’en servir dans le cadre d’un fantasme autobiographique mental. C’est pour ça que j’ai trouvé son argumentaire scabreux et scandaleux.» «Dire qu’il était le concepteur de la lutte antiterroriste dans l’Oranie, je trouve ça prétentieux, injuste et immoral. Cette doctrine de la primauté du patriotisme chez le militaire par rapport au civil, c’est tout aussi scandaleux. On en a souffert depuis 50 ans. Dire qu’il est patriote parce qu’il a été militaire laisse entendre que ceux qui sont civils, c’est des tièdes ; ça fait 50 ans qu’on en souffre. Ça nous a donné des Boumediène, des Nezzar, des Mediène», assène l’auteur de O Pharaon !
Contrairement à Salim Bachi, Kamel Daoud considère que l’actuel directeur du CCA à Paris «est très naïf politiquement». «Il est génial quand il écrit, mais quand il parle, il est d’une naïveté insondable. Je ne veux pas que ma réaction soit interprétée comme une attaque personnelle. Je n’ai rien contre le gars, je n’ai pas de problème avec lui, mais je trouve que son annonce est très comique, très naïve et très prétentieuse.» Kamel Daoud termine sur une note psychanalytique en disant : «L’ennemi de Yasmina Khadra, c’est Mohammed Moulessehoul. L’un gagne 500 000 euros, l’autre 15 000. Autant l’un est célèbre, autant l’autre est dans l’ombre. Autant l’un est capable de créer, de concevoir des personnages tendres, tragiques, émouvants, autant l’autre est dur, agressif, paranoïaque, répétant inlassablement : ‘Les Algériens ne m’aiment pas.’ Oui, je crois que l’ennemi n°1 de Yasmina Khadra, c’est Mohammed Moulessehoul et je crois qu’il faut sauver l’écrivain Yasmina Khadra du soldat Mohamed Moullessehoul.»

«Un prolongement de sa mission d’écrivain»

Pour sa part, Selma Hellal, cofondatrice des éditions Barzakh, nous confie que son premier sentiment en apprenant la nouvelle était l’incrédulité : «Dans un premier temps, j’ai cru à une rumeur ou un canular», glisse-t-elle. «J’avais presque envie de me pincer», poursuit-elle. «C’est quelque chose de tellement incongru, de tellement inattendu, que ma première réaction était de me dire : est-ce que c’est sérieux ?» Avant de préciser : «Mais il ne faut pas interpréter cela d’une manière négative. Ce n’est pas parce que Yasmina Khadra n’est pas crédible. Mais c’est tellement surprenant dans la mesure où cela ne nous est jamais arrivé.» Et de rependre : «Après, on comprend assez vite que, étant donné la pugnacité du personnage, étant donné son stakhanovisme, étant donné qu’il s’agit d’une personne qui, quand elle veut quelque chose, la mène toujours à bien avec extrêmement de conscience et un déploiement d’efforts majeur, on se dit : ça va être sérieux.
Et donc, dans un autre registre, c’est presque de l’ordre du merveilleux en ce sens que dans ce champ politique tellement miné, où on a l’impression de revoir toujours les mêmes têtes, tout d’un coup surgit cette figure qui est considérée comme un modèle, aussi bien en Algérie que dans le reste du monde, comme un peu une icône de la littérature. On se dit : quelle audace et quelle fraîcheur ! » Même si l’intéressé ne s’est pas encore épanché sur ses motivations, Selma Hellal croit y déceler une forme d’engagement. «Cet homme a toujours considéré qu’écrire est une responsabilité, une mission, et que d’une certaine manière, assumer une responsabilité politique s’inscrit presque dans le prolongement de sa mission d’écrivain qui est de s’adresser au monde, qui est de fédérer des gens autour de lui.» Si elle «ne doute pas un instant de la sincérité de Yasmina Khadra», Selma Hellal prévient qu’«un bon écrivain ou un bon artiste n’est pas forcément un bon homme politique. Youssou N’Dour, par exemple, je ne sais pas réellement ce qu’il vaut comme ministre de la Culture».
Enfin, le professeur Abdelali Rezagui qui paraphait, mardi, son dernier ouvrage, Des officiers français au Maghreb arabe au stand des éditions El Ouma, se dit scandalisé par l’outrecuidance du geste khadraéen. De son point de vue, l’intellectuel en Algérie n’a pas encore acquis une véritable popularité et préfère parler de «noudjoumiya» (starisation), grâce notamment à la télévision. Commentant la déclaration de Yasmina Khadra, le professeur Rezagui s’emporte : «Il a commis une erreur. Cela va détruire tout ce qu’il a construit durant sa carrière. Qu’il ose se présenter dans un pays où il n’y a pas de démocratie est une infamie. On est en train d’humilier la fonction présidentielle !», tonne-t-il en faisant allusion à des candidats «peu sérieux» qui ont fait une annonce similaire. Sur la fonction et le statut de l’intellectuel, Abdelali Rezagui précise : «Il n’est pas interdit que l’homme de culture soit dans le pouvoir mais à condition qu’il influe le pouvoir et qu’il éclaire le peuple.» L’honorable universitaire n’exclut pas de cette charge le président Bouteflika, candidat annoncé à sa propre succession tout en étant cloué sur une chaise roulante. «Il porte atteinte à sa propre dignité», martèle-t-il.
Rezagui nous apprend, en passant, qu’on lui a déjà proposé des «postes importants», mais «j’ai catégoriquement refusé», insiste-t-il. «Je ne voulais pas profaner mon nom. Je suis un self-made-man. Je me suis construit à la sueur de mon front et je ne veux pas salir mon nom en m’acoquinant avec le pouvoir. Quelqu’un qui a fait son entrée dans le dictionnaire Larousse des écrivains, il serait dommage de terminer dans le dictionnaire du pouvoir !», conclut-il.

EL WATAN

mercredi 6 novembre 2013

RÉVISION DE LA CONSTITUTION : Ce sera fin novembre

«Le projet est prêt, tout est ficelé. Sa révision interviendra avant la fin du mois en cours», nous a confié une source proche du sérail.

C'est bientôt la fin du suspense. Le projet de révision de la Constitution s'apprête à voir le jour. Attendu depuis plusieurs mois par la classe politique, le plus important chantier du processus des réformes politiques dévoilera, dans quelques semaines, ses grandes lignes. «Le projet est fin prêt, tout est ficelé. Sa révision interviendra avant la fin du mois en cours», nous confie une source proche du sérail. La même source affirme que la démarche sera similaire à celle de 2008.
Une commission juridique composée des parlementaires des deux chambres chapeautera l'opération. Celle-ci examinera le contenu avant de convoquer une session avec les deux chambres réunies du Parlement au Palais des nations de Club des Pins. Il y a lieu de rappeler que l'amendement de la Constitution en 2008 n'a pas pris beaucoup de temps. En l'espace de quelques jours seulement, le projet a été adopté. «Le président peut demander la procédure d'urgence pour que la commission juridique examine le projet en temps record», affirme la constitutionnaliste, Mme Fatiha Bennabou, jointe hier par téléphone. Pour elle, le facteur temps ne pose guère de problème. «Sur le plan juridique, il n'y a pas de limite temporelle pour la révision de la Constitution», a-t-elle assuré en précisant que même en cas de convocation du corps électoral, cela ne gênera pas la procédure de révision puisque, souligne-t-elle, il n'y a aucune limite d'ordre constitutionnel. Le facteur temps dépendra également de la nature de la révision et du mode d'adoption parlementaire ou référendaire. Or, même cette fois-ci, le projet sera adopté par voie parlementaire. L'option référendum est donc exclue vu le rendez-vous de la présidentielle qui s'annonce dans cinq mois. La concrétisation du projet va mettre un terme au flou qui a marqué la scène politique depuis plusieurs mois. La classe politique est divisée sur les délais. Tenant compte de l'importance de ce projet, de nombreuses formations politiques ont multiplié les appels à un report de la révision de la loi fondamentale du pays après la présidentielle de 2014. Des partis de différentes mouvances sont unanimes sur cette revendication. Des islamistes et des partis de l'opposition et même le parti trotskiste, le Parti des travailleurs, persistent et signent l'ajournement de ce chantier après l'élection afin d'ouvrir un débat national. Le patron du Front de la justice et du développement (FJD), Abdallah Djaballah, a mis l'accent sur la nécessité «d'ouvrir un vaste débat sur le projet en y impliquant toutes les catégories de la société». Le président du Front pour le changement appuie cette hypothèse. «Le projet de la révision de la Constitution doit être l'émanation d'un consensus national qui garantit les libertés démocratiques et non pas d'une personne ou d'un groupe qui obéit aux pressions afin d'imposer des lois qui ne sont pas acceptées et adoptées par tous», a affirmé Menasra lors d'une conférence de presse qu'il a animée au siège du parti. La secrétaire générale du Parti des travailleurs le clame haut et fort, à chaque sortie médiatique. Louisa Hanoune estime qu'un tel projet ne représente pas une priorité dans la situation actuelle où l'Algérie est appelée à relever les défis de sa stabilité politique et sécuritaire dans un contexte régional crucial. Ce qui est sûr, la révision de la Constitution ne va pas passer sans bruit. Les partis politiques qui crient haut et fort leur marginalisation de l'élaboration de ce chantier ne vont pas rater ctte occasion pour vider leur sac.

L'EXPRESSION

LE PREMIER MINISTRE L'A ANNONCÉ À ADRAR : "Bouteflika ne partira pas!"

Le Premier ministre a finalement confirmé ce que M. Saâdani avait annoncé, à savoir la candidature de Bouteflika pour un quatrième mandat.
Après avoir écarté l'éventualité de rallonge du mandat présidentiel actuel de deux ans, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a annoncé que la voie pour un 4e mandat est ouverte pour le chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika. «Bouteflika ne partira pas», a-t-il affirmé, hier, à Adrar à l'occasion de la rencontre avec les élus et représentants de la société civile de cette wilaya dans laquelle il a effectué une visite de travail et d'inspection. En parlant de l'Islam et des zaouïas, le Premier ministre a trouvé le contexte idoine pour asséner cette affirmation. «Lorsque j'ai visité la wilaya de Sétif, un jeune imam m'a dit que quand Bouteflika part, les zaouïas partiront elles aussi», raconte M.Sellal. «J'allais lui répondre que c'est nanak (ta tante, Ndlr) qui partira», a-t-il ajouté avant de lancer: «Bouteflika ne partira pas et les zaouïas ne partiront pas.» Attendu pour répondre aux provocations du secrétaire général du FLN, Amara Saâdani, le Premier ministre a finalement confirmé ce que M.Saâdani avait annoncé, à savoir la candidature de Bouteflika pour un 4e mandat. Le Premier ministre s'est contenté juste de cette annonce, placée en conclusion de son discours, comme unique message politique majeur de son déplacement dans la wilaya d'Adrar.
Du reste, la campagne électorale pour ce mandat a été lancée en grande pompe par quelques partis politiques dont le FLN et le TAJ. Abdelmalek Sellal a déjà annoncé qu'il présentera le bilan des trois mandats de Bouteflika au début de 2014. Il ne reste donc que l'officialisation de la décision du concerné dont le seul obstacle demeure son état de santé.
Le reste serait de la pure littérature. Hier, le premier responsable du gouvernement a été chargé de transmettre le message de Bouteflika aux habitants d'Adrar, dans lequel il s'est dit «très marqué» par cette wilaya. La grande partie du reste du discours prononcé par M.Sellal avait le goût de déjà-vu, puisqu'il a réitéré des positions déjà exprimées lors de ses précédentes visites dans les différentes wilayas du pays.
Il a rappelé que plusieurs pays occidentaux ont demandé à l'Algérie de jouer le rôle de puissance dans la région, réitérant le refus des autorités de jouer ce rôle. «On veut renforcer la République de tous les côtés pour ne plus revenir à nos problèmes du passé», a-t-il affirmé en faisant allusion à la tragédie nationale.
Aux étrangers qui ne comprennent pas pourquoi l'Algérie n'a pas été touchée par le printemps arabe, l'orateur répond: «On a dit que le peuple algérien est uni.» Il rappelle que les tentatives des Français à l'époque de la colonisation de séparer le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, les Arabes et les Berbères ont échoué.»
«On a vécu l'amertume de la fitna et aujourd'hui, on a décidé de vivre en paix», a-t-il martelé sous les applaudissements de l'assistance. Il ajoute qu'on ne veut «donner de leçon à personne». «On ne fait pas de mal mais lorsque le mal nous est fait et imposé, on en fait un petit peu», a-t-il encore lancé. Fait-il allusion à la dernière escalade marocaine?
Le reste du discours de M.Sellal est une série d'assurances quant à l'avenir du pays. «Votre pays va bien et en voie de se développer davantage dans tous les domaines. La stabilité a influé grandement sur le développement économique, politique et social. Au rythme où vont les choses, nous immuniserons encore plus notre économie et nos affaires en général», a-t-il lancé.
Le Premier ministre a assuré aussi que les engagements pris par le gouvernement à l'égard des régions du Sud seront honorés. Cela avant de prédire un avenir des plus radieux pour la wilaya d'Adrar qui connaîtra, selon lui, d'importants développements après les découvertes du pétrole. A souligner enfin que le Premier ministre poursuivra aujourd'hui sa tournée dans le Sud en se rendant dans la wilaya de Tamanrasset.

L'EXPRESSION